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Connecter une ville ne la rend pas plus intelligente

16/07/2018

Si les objets connectés sont considérés, par les promoteurs de la Smart City, comme les éléments clés de la compétitivité et du développement des territoires, ce sont surtout la prise en compte des usages et les orientations en matière de développement technologique qui permettront aux villes de réussir leur pari. C’est tout le sens de la chronique de Tony Canadas, Président de La Ville Intelligente et Citoyenne (LVIC).

Désormais c’est chose acquise : l’innovation technologique va engager les villes vers une nouvelle ère qui permettra d’optimiser les transports, favoriser l'intermodalité et réaliser des économies d'énergie. Une transition qui s’ouvre vers de nouveaux modes de consommation et d’usage, de nouvelles façons de vivre au quotidien et de partager des intérêts communs autour des évènements culturels, sportifs, éducatifs, ...

Les villes sont de plus en plus intelligentes grâce à l’IoT (Internet des objets) et aux innovations digitales, dont les capteurs sont placés dans les rues, les bâtiments, les entreprises, les administrations…. Ces derniers sont censés informer les usagers et améliorer leur confort, tout en réduisant la consommation d’énergie et la pollution.

Aujourd’hui nos territoires sont responsables de 70 à 80% des émissions de gaz à effets de serre selon certaines études. La ville intelligente devra devra donc offrir à ses habitants une qualité de vie maximale grâce à une combinaison intelligente des infrastructures (transports, énergie, communication, etc) et des différents niveaux hiérarchiques (bâtiment, quartier, ville et territoire).

Le concept de ville intelligente n'est pas nouveau, mais une récente prise de conscience environnementale, aidée par les progrès technologiques, tend à améliorer le quotidien des citoyens. Dès lors, la ville durable sera celle qui utilise ses ressources naturelles de la manière la plus efficiente, les technologies lui permettant alors de s’affranchir des énergies fossiles dont on sait désormais qu’elles favorisent le réchauffement climatique et engendrent donc un risque avéré pour notre planète.

Alors la Smart City relève-telle de l’intelligence collective ou se résume-t-elle finalement à une gestion optimisée des flux via l’outil numérique ? La question n’est malheureusement pas si tranchée, puisque la notion de Smart City semble faire entrer en conflit les technologies et les usages, alors qu’il serait plus judicieux qu’elles fonctionnent de concert.

Des projets opérationnels qui ne répondent pas aux usages sont mis en service chaque jour par les collectivités. C’est le cas d’Optimod’Lyon, une application mobile unique qui permet de calculer son déplacement en temps réel quels que soient le ou les modes de transport utilisés. Cette application a demandé trois ans de travail pour en faire un outil complexe, peu utilisé par les usagers. Dommage…
 

Utiliser l’intelligence collective pour mieux prendre en compte les usages
Parallèlement, la ville connectée et durable, celle où fait bon vivre selon les chantres de la Smart City, doit favoriser la démocratie participative, celle qui permet le partage du pouvoir et la prise de décision. Les applications « Civic Tech » sont nombreuses, mais souvent développées et mises en service sans tenir compte des usages et du réel besoin des citoyens. Le principe de base étant de permettre à tout un chacun d’avoir accès à un ordinateur ou un smartphone, utiliser un réseau à haut débit et surtout de posséder une bonne connaissance des technologies numériques.

Alors, faute d’information suffisante, d’effort réel de pédagogie, de vulgarisation et de volonté des élus de partager le pouvoir, beaucoup de citoyens ne se sentent pas concernés. C’est le cas du budget participatif de la Ville de Paris, cité comme un exemple, et pour lequel seulement 7,5 % des Parisiens ont voté en 2017. Même si cette proportion est élevée par rapport à ce que l’on observe habituellement avec ce genre de consultation, l’apport technologique n’améliore en rien la situation. Dommage …

Pour réussir il me semble opportun d’utiliser l’intelligence collective, pour mieux prendre en compte les usages et les besoins des citoyens de la cité et faire en sorte que l’innovation technologique ne génère pas d’exclus numériques, lesquels risquent fort d’être également des laisser pour compte de la société entièrement digitalisée qui se profile à l’horizon. Et pas seulement les plus vieux, certains « millennials » dont ont dit qu’ils sont nés avec le numérique, ne sont pas, faute de moyens et d’éducation, mieux lotis.

Il ne suffit donc pas de connecter une ville pour la rendre plus intelligente. Entre enjeux environnementaux et citoyens, exigences de rentabilité et cyber risques, la Smart City se cherche encore.
 


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