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Construction : Le rôle de la digitalisation dans la transition urbaine

24/08/2020 Franck Le Tendre

Un besoin croissant de changement écologique et socio-économique se fait sentir dans le monde entier. En France, les élections de juin ont été marquées par une « vague verte », le parti Europe Écologie les Verts ayant remporté plusieurs victoires dans les plus grandes villes de l’hexagone. Reste maintenant aux entreprises du secteur du bâtiment à prendre ses responsabilités en s’engageant dans une économie durable, soutenue par l’État. C’est le sens de la tribune de Franck Le Tendre, CEO de Finalcad

Lors des dernières municipales des villes importantes comme Lyon, Bordeaux et Marseille, ont été submergées par la vague verte. Lors de son allocution du 14 juillet, le Président de la République a pris un certain nombre d’engagements, promettant notamment 15 milliards d’euros  de financement supplémentaire pour développer une économie plus durable. Dans le cadre de cette transformation globale le secteur de la construction a un rôle à jouer. Une partie des changements sera menée par le gouvernement, sachant que le Président a également annoncé son projet d’investir 30 milliards d’euros  dans des programmes de formation dans divers secteurs pour dynamiser la création d’emplois, notamment pour la rénovation thermique des bâtiments. Toutefois, les entreprises du secteur doivent maintenant prendre leurs responsabilités afin de contribuer à une économie plus verte et se transformer pour devenir plus durables. Pour y parvenir, le secteur du bâtiment doit faire de la transformation digitale sa priorité.

Un retard à craindre
La difficulté de passer au digital est depuis longtemps un problème dans le secteur de la construction. Une étude menée en 2016 a montré que seulement 6 %  des entreprises du bâtiment déclaraient utiliser pleinement les outils de planification digitale. Ce manque de digitalisation explique les inefficacités généralisées dans le secteur : au lieu d’être concentrés sur un canal de communication digital, les projets sont souvent traités via des moyens de communication multiples, ce qui affecte fortement la productivité. Une étude récente menée pas Finalcad a montré que 51 %  des entreprises de construction interrogées utilisaient une combinaison de moyens de communication dans leurs process quotidiens – parmi lesquels les réunions physiques, et par téléphone, courriel et/ou papier. Ce manque de cohérence a des répercussions directes sur la durabilité d’un projet, entraînant le gaspillage des ressources et des délais de livraison plus longs, – qui peuvent tous deux avoir un impact négatif sur l’environnement. Cependant, le passage à une construction durable et le développement des « villes intelligentes » imposent des changements.
 
Les villes intelligentes récupèrent des données depuis des capteurs IoT disposés sur différentes infrastructures, et utilisent ces observations pour rationaliser les services comme la distribution de l’énergie, la collecte des déchets et la gestion des transports publics. Étant donné qu’en France déjà 31  villes sont considérées comme intelligentes, il est évident que le manque actuel de digitalisation dans le secteur de la construction constitue un problème majeur. Les villes intelligentes exigent une nouvelle manière de construire. Les entreprises de construction doivent par exemple être capables de consigner une « empreinte » digitale pour chaque projet, en fournissant une traçabilité digitale des matériaux, des livraisons, des émissions, etc. Ceci permet d’entretenir et de gérer un projet de ville intelligente sur la durée, même après la livraison : grâce à ces dossiers digitaux, les développeurs et autres entreprises peuvent continuer à améliorer le projet sur le long terme.
 
Lorsqu’une entreprise de construction travaille sur un bâtiment intelligent, elle doit également s’entourer de nouveaux actionnaires et partenaires, comme des entreprises spécialisées dans la technologie et la gestion de données. Tout cela nécessite un niveau de collecte et de partage des données qui dépasse les canaux manuels et papiers. En effet, les entreprises du bâtiment doivent disposer d’outils digitaux pour collecter et partager les informations, à la fois en interne et avec les tierces parties. Selon une évaluation de l’initiative européenne Build Up Skills8 (BUS), la transformation digitale est essentielle pour améliorer l’efficacité des bâtiments et des procédés de construction.
 

Digitalisation et durabilité vont de pair
En exploitant les outils digitaux qui favorisent une communication et une collaboration continues, les entreprises de la construction seront capables d’augmenter leur productivité et leur efficacité, ce qui contribuera à l’amélioration de la durabilité des projets. Par exemple, via la dématérialisation des flux d’informations. Passer du traitement papier au digital permet de réduire significativement la quantité de déchets quotidiens ainsi que les délais des projets de construction, que ce soit pour les permis de construire, les informations de traçabilité des matériaux ou encore le contrôle qualité sur les sites de chantier. Cette approche aide également à simplifier la communication et le partage d’informations, et permet de construire plus rapidement tout en réduisant drastiquement l’impact environnemental.

La digitalisation constitue également un élément décisif pour permettre au secteur de la construction de jouer un rôle dans l’économie circulaire. En identifiant les matériaux nécessaires à un projet et ceux qui sont de trop, il est possible de réduire la consommation en réutilisant des matériaux et en recyclant les déchets. Par exemple, les passeports de matériaux créés par Buildings as Material Banks (BAMB),  permettent de cataloguer et d’enregistrer les ressources numériquement pour une future réutilisation ou un futur recyclage lorsqu’ils ne sont plus nécessaires ou lorsqu’un bâtiment est démantelé. Une communication et une collaboration efficaces, à la fois au sein de l’entreprise mais aussi avec les tierces parties – comme les entreprises de gestion et de traitement des déchets – sont les clés de la réussite de l’économie circulaire. Celle-ci est d’ores et déjà au cœur du plan de relance  européen post-COVID-19, qui estime que plus de 700 000 nouveaux postes et emplois vont devoir être créés.

La voie à suivre
Le monde change rapidement, et au fur et à mesure que la population augmente, la demande de constructions durables augmente également. Les Nations Unies estiment que deux tiers  des habitants de la planète vivront dans des villes d’ici 2050, et qu’il y aura près de 43 mégalopoles – villes de plus de dix millions d’habitants – dans le monde, alors qu’il n’y en avait que 10 en 1990. Cette évolution exige des méthodes de construction et des modes de vie plus verts qu’il revient aux entreprises du bâtiment de fournir. Pour ce faire, un meilleur niveau de digitalisation est nécessaire afin d’améliorer la communication, réduire les déchets et penser la durabilité sur les sites de construction. De toute évidence, la digitalisation et la gestion des données sont des facteurs essentiels. Les entreprises du secteur de la construction doivent dès à présent se préparer pour l’avenir, au risque de perdre des clients au profit de concurrents plus avancés sur le plan digital et plus respectueux de l’environnement.

Franck Le Tendre
CEO de Finalcad


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