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Gouvernance : et si les citoyens reprenaient le pouvoir ?

05/02/2019

Depuis quelques mois la colère gronde dans les rues. Des citoyens venus de tous horizons se montrent mécontent du fonctionnement de leur pays. Si le Chef de l’État et les ministres sont principalement visés, - les maires étant souvent mieux considérés – reste qu’une défiance envers les politiques s’installe, encourageant les citoyens à reprendre le pouvoir. La récente mise à disposition d’une plateforme collaborative ouverte en opposition au Grand Débat lancé par le Chef de l’État, en atteste.

Que ce soit au niveau de l’État, des territoires ou des villes, le système démocratique dans lequel les représentants des citoyens sont chargés d’élaborer, voter et faire appliquer les lois, ne semble plus satisfaire une majeure partie de la population. Pour preuve, le mouvement des « gilets jaunes » lancé en novembre dernier, semble s’installer durablement. Et si certains expriment un rejet global des institutions et une remise en cause de la société dans laquelle ils peinent à vivre, pour la plupart il s’agit de reprendre le pouvoir, celui qui leur est dévolue, et qu’ils ont perdu au fil des ans.
 
Que les citoyens s’emparent du débat et fassent valoir leurs droits, on ne va pas s’en plaindre. C’est plutôt sain pour une démocratie. Au-delà des débordements et de la violence des propos et des actes, de part et d’autre, que l’on ne peut que condamner, travailler collectivement sur un nouveau projet de société, porteur d’avenir, dans le sens d’une démocratie participative, à laquelle chacun apporte sa pierre à l’édifice, ne pourra qu’être salvateur. 
 
John Fitzgerald Kennedy, alors élu président des États-Unis avait initié cette notion dans son discours d’investiture prononcé le 20 janvier 1961. : « mes chers compatriotes, ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays ». Malheureusement, cette notion de la démocratie dans laquelle le peuple ne confie pas les clés du pays à quelques élites, mais agit à leurs côtés, était vue d'un mauvais oeil par ceux qui pensent que la gestion d'un pays passe par l'asservissement des populations. Il fut assassiné trois ans plus tard. Depuis rien n'a vraiment changé. Pas étonnant donc que les citoyens aient envient de s'exprimer. 
 
Pour tenter de reprendre le pouvoir qui commence à lui échapper, le Chef de l’Etat, Emmanuel Macron a lancé un « Grand débat  », se fixant pour objectif prendre le pouls de ses concitoyens. Une initiative intéressante, si ce n’est qu’elle occulte une partie des revendications de ceux qui sont dans la rue. Comment peut-on d’un côté demander l’avis des citoyens et de l’autre considérer qu’ils n’ont pas leur mot à dire sur certains sujets. 
 
Ce débat se devait donc d’être ouvert et encore mieux d’être à l’initiative des citoyens eux-mêmes, dans un esprit collaboratif, sans contrainte, sans directive, laissant à chacun l’exercice du droit le plus élémentaire : celui de s’exprimer. Surtout dans le pays des Droits de l’homme…
 
Intitulée le « Vrai débat  », avec pour sous-titre « ils ne nous ont pas invités, faisons-le ensemble », cette plateforme a été lancé mercredi dernier, par un collectif de « gilets jaunes » avec l’objectif de de « récolter des contributions et fédérer l’ensemble de la population », annoncent ceux qu’ils l’ont mise en place. Détail amusant : ce site participatif a été fourni par « Cap Collectif », le fournisseur de la plateforme du « Grand débat », à un collectif de gilets jaunes de différentes régions de France.
 
« L'idée c'est de rassembler, de donner du poids aux revendications, et de co-construire ».

Et de fait, si les outils proposés sur les deux plateformes sont similaires, celles du « Vrai débat », ne semble occulter aucun thème. Quand la plateforme du « Grand débat », ne propose que quatre thèmes : transition écologique, fiscalité et dépenses publiques, démocratie et citoyenneté, organisation de l’État et des services publics, celle des « Gilets jaunes », en propose neuf. Les citoyens peuvent ainsi débattre et donner leur avis sur les sujets de société, Sport -culture, Éducations - jeunesse - enseignement supérieur, Économie-finances-travail-comptes publics, Santé – solidarité – handicap, Union Européenne – affaires étrangères, Justice – police – armées, Transition écologique et solidaire – agriculture ainsi que démocratie – institutions. Neuf thèmes qui sont à peu près ceux des grands ministères existant dans notre pays donc pas très éloigné de la réalité.
 
Pas de point de blocage, chacun peut écrire ce qu’il veut sur les sujets sur lesquels il est le plus sensible, et non pas répondre à une liste de questions comme sur le « Grand débat ». La plateforme de contribution se veut résolument ouverte comme l’explique Lydie Coulon, l’une des administratrices de la plateforme, au micro de France Inter. « Gilets jaunes, foulards rouges, déçus du grand débat national officiel, on invite tout le monde. L'idée c'est de rassembler, de donner du poids aux revendications, et de co-construire ». 
 
Si les initiateurs de cette plateforme battent le pavé chaque samedi, ils ne veulent pas pour autant concurrencer les manifestations. Pour eux il s’agit avant tout d’un outil complémentaire qui fait avancer le débat, le vrai, celui qui permettra aux citoyens de se projeter dans l’avenir. 
 
Ce mode de consultation, venant du plus bas, pour remonter vers les élites, peut également se dérouler sur les territoires et les villes, dont les décisions des gestionnaires ne sont pas toujours appréciées des habitants. Les plateformes collaboratives, où chacun peut s’exprimer et permettre aux édiles d’être en phase avec leurs concitoyens se développent et l’on ne peut que s’en féliciter. Donner la parole aux citoyens, les écouter, les impliquer et faire preuve de transparence dans les actes de la vie publique, quoi de mieux pour vivre dans un monde meilleur. Une utopie ? Certainement pas, surtout si tous les citoyens y mettent du leur, qu’ils soient élus ou pas. Et ce débat citoyen est un bon début…


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