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L'intégration des territoires, un nouvel enjeu pour la mobilité

27/05/2020 Chloé PÉALAT

3,3 millions. C’est le nombre de Français qui font encore plus de 25 kilomètres en voiture chaque jour pour se rendre sur leur lieu de travail. Aujourd’hui, 30% de la population réside dans une zone où aucune collectivité publique n’a en charge l’organisation des transports. Face au phénomène de l’étalement urbain, les acteurs de la mobilité se penchent désormais sur l’intégration des territoires. Une tribune de Chloé PÉALAT, Consultante mc2i

Selon l’Insee, le temps de trajet domicile-travail ne cesse de s’allonger à mesure que les agglomérations s’étendent. Toujours selon la même source, les plus touchés par ce temps de transport sont les salariés, qui, par cet étalement urbain, vivent désormais en périphérie des grandes villes. L'étalement urbain est défini comme étant « un phénomène de croissance  géographique des villes », généralement ceci est lié à un phénomène de croissance de la population. Aujourd'hui, pour la plupart des villes, l'étalement se fait de manière radio-concentrique, c'est-à-dire avec le même étalement dans toutes les directions en partant du centre. En effet, 40%  des actifs d’une aire urbaine travaillent dans l’agglomération autour de laquelle elles se situent. Pour illustrer ces propos, les actifs d’Île-de-France ont un temps moyen domicile-travail de 44 minutes, ce qui représente la plus importante moyenne de toutes les régions confondues. 

Les causes de cet étalement ? Principalement la hausse des prix des logements dans les grandes agglomérations qui ont été multipliés par trois en 20 ans.

Les acteurs du transport ont donc pour objectif de tenir compte de cet étalement afin de faciliter la mobilité de cette population vivant de plus en plus loin de leur lieu de travail. En Île-de-France par exemple, le projet du « Grand Paris Express » entre dans cette démarche. 
L’étalement urbain n’est pas la seule problématique rencontrée par les acteurs de la mobilité. Certains territoires peu denses ne possèdent aujourd’hui que peu de moyens de transport public, les habitants n’ont ainsi pas d’autres choix que d’utiliser un véhicule personnel. En effet, 70% des personnes vivant en milieu rural affirment que leur voiture individuelle est indispensable pour se déplacer (vs 50% en ville) alors que 60% d’entre eux seraient pourtant prêts à utiliser les transports en commun. Il est donc également nécessaire de mettre en place des moyens de mobilité afin d’intégrer ces territoires et ainsi réduire ces effets nuisibles.

De plus, les déplacements en zones urbaines liés à l’emploi, représentent plus de la moitié des kilomètres parcourus en France. Ce qui représente également un grand enjeu en terme écologique sur lequel les collectivités publiques doivent se pencher. En effet, le secteur du transport représente, à lui seul, 36% des émissions de dioxyde de carbone, dont 80% proviennent des voitures particulières. Le transport routier est également à l’origine d’émission de nombreux autres polluants atmosphériques tels que les oxydes d’azote et le plomb.

Quel rôle pour le MaaS ?
Dans ce contexte, les différents acteurs de la mobilité s’allient autour d’un projet commun : le concept de MaaS ( mobilité servicielle ). L’enjeu du MaaS est donc de relier les zones d’emploi des agglomérations à leurs périphéries en proposant une combinaison de modes de transport ce qui faciliterait les déplacements, et ainsi réduirait l’usage de la voiture individuelle. De nouveaux partenariats voient le jour en ce sens, notamment avec les pouvoirs publics. L’objectif est d'accroître l’attractivité et le dynamisme du territoire, mais aussi l’intégration des zones rurales tout en accélérant la transition écologique. S’il reste parfois difficile d’accéder au « zéro voiture individuelle » dans certaines zones peu denses, le MaaS, grâce à la multimodalité des modes de transports, pourra tout de même faciliter la mobilité des voyageurs.

La loi Mobilité va également en ce sens en promettant de faire entrer le transport dans une nouvelle ère et prévoit la couverture de l’ensemble du territoire français grâce à différentes solutions de mobilité, par des autorités organisatrices privées et publiques.

Quelles solutions ?
Différentes solutions se développent pour permettre une meilleure intégration des zones plus ou moins denses, et créer une alternative à la voiture individuelle. Dans les grandes agglomérations, nous avons notamment vu, au cours des dernières années, l’émergence de nouveaux modes de transport liés au numérique tels que les trottinettes électriques, les vélos en libre-service, les VTC... Mais ce sont des alternatives qui restent prépondérantes aux grandes agglomérations et le périurbain est quelque peu délaissé par la révolution numérique. Néanmoins, plusieurs alternatives innovantes restent envisageables même dans les zones peu denses : On peut voir l’arrivée de nouveaux modes de transports partagés, à la demande. Cette nouvelle mobilité a pour objectif d’être le lien entre les acteurs du transport public et les acteurs du transport individuel. En effet, dans certaines zones rurales où les transports publics ne sont pas présents, cette alternative à la demande pourrait permettre de grandement réduire l’usage des véhicules individuels. Double avantage pour cette solution qui propose en outre des transports électriques. Ainsi, moins d’émission de CO2 grâce à l’aspect électrique, et désengorgement des routes grâce à la notion de véhicule partagé.

Lorsque l’utilisation de la voiture personnelle reste indispensable, le covoiturage est l’option la plus écologique et rentable économiquement parlant. Pour illustrer, en moyenne un usager effectuant un trajet de 30km pour se rendre sur son lieu de travail, économiserait environ 2 000 euros par an, en covoiturant. Pourtant, aujourd’hui encore, en semaine, les 3/4 des déplacements automobiles sont réalisés sans passager, et 1/5 avec un seul passager.

Un peu moins connu que le covoiturage, l’autopartage reste également une alternative. Cela permet de mettre à disposition d’autres utilisateurs son véhicule lorsque le propriétaire n’en a pas l’utilité. Aujourd’hui, il existe également des services d’autopartage en libre-service gérés par des entreprises qui mettent des véhicules à disposition d’usagers. Plusieurs membres peuvent donc se partager, en alternance, un seul véhicule selon leurs besoins, permettant ainsi de réduire la possession de véhicule personnel.

Une étude réalisée en 2016 auprès de ces utilisateurs montre qu’une seule voiture mise à disposition de l’autopartage remplace dix voitures personnelles, et libère donc 9 places de parking.

Pour permettre de développer au mieux ces modes de transports alternatifs, il est à présent nécessaire que les collectivités s’allient aux acteurs principaux de ces innovations, pour permettre d’adapter les infrastructures à travers, par exemple, des aires de rechargements, ou encore des parkings autour de certains points clés. L’aménagement urbain reste donc un enjeu majeur pour l’intégration des territoires.

Un exemple très marquant d’aménagement urbain reste le transport par câble comme le présente les projets de la métropole d’Orléans ou encore celui du Conseil Départemental du Val-de-Marne.

Des idées encore plus innovantes pour la mobilité de demain ?
Certaines villes de France (Nantes, Lyon, Vincennes) expérimentent actuellement des navettes électriques et autonomes, contrôlées à distance par des hommes. Un nouveau mode de mobilité qui permettrait de révolutionner le transport en terme écologique.

Relier Paris à Moscou en 1h de train ? Avec le Super Maglev c’est – presque – possible ! Ce train du futur roulerait à 3000 km/h sans jamais toucher les rails. Les chercheurs sont encore en train d’étudier comment réduire la résistance atmosphérique qui demanderait beaucoup d'énergie. Ou encore, voyager comme dans un monorail ? Possible également ! Les passagers seraient transportés dans des navettes suspendues à 10 mètres au-dessus du sol grâce à une technologie brevetée de lévitation magnétique (Tips : à éviter si on a le vertige !).

L’avenir du transport nous réserve encore de belles surprises. Mais en attendant, voyons le bon côté des choses : les Français ne sont pas si mal lotis. Si nous mettons en moyenne 64 minutes pour l’aller-retour domicile-travail, tous transports confondus, nous restons en dessous de la moyenne. Les Américains ont une moyenne proche de 79 minutes, quant aux Israéliens, ils battent tous les records avec une moyenne de 97 minutes.



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