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Les fermes urbaines une filière agricole en pleine croissance

17/01/2020 Yannick SOURISSEAU

Demain, consommerons-nous tous des fruits et légumes issus de fermes installées au cœur de nos villes. Le Canada a déjà franchi le pas, plusieurs fermes produisent à grande échelle sur les toits des bâtiments industriels installés à Montréal, comme le rapporte The Conversation, un média collaboratif en ligne qui souhaite faire entendre la voix des enseignants-chercheurs dans le débat citoyen.

Alors qu’en milieu rural, les agriculteurs peinent à vivre de leur production et pour cause : la plupart des légumes et fruits consommés par les urbains proviennent le plus souvent de zones maraichères industrielles installées dans les pays du sud, Espagne ou Maghreb, les fermes urbaines se présentent comme une alternative sérieuse. Si de toute évidence elles ne résoudront pas toutes les difficultés de nos agriculteurs, elles pourraient permettre de réduire les circuits en offrant des fruits et légumes de saison et d’une qualité acceptable, pour peu que dans certains cas on accepte les nouvelles technologies en matière d’agriculture.  
 
L’agriculture urbaine fleurit depuis plusieurs années en France, à Paris et la plupart des villes, sous des formes diverses : jardins familiaux ou partagés (agriculture sociale), culture sous serre en terrasse d’immeuble ou dans des parkings désaffectés (agriculture commerciale). Mais on est encore loin de celle pratiquée outre-Atlantique et notamment au Canada, où d’immenses fermes innovantes commencent à s’installer sur le toit des immeubles. Normal, en France les exploitations agricoles et plus particulièrement maraichères ou arboricoles sont importantes, et finalement pas si loin des cœurs de villes. 
 
« Il y a quelques semaines l’entreprise « Les fermes Lufa  », annonçait l’ouverture, dès mars 2020, de la plus grande serre sur toit au monde, à Montréal », rapporte The Conversation. « Avec cette quatrième serre, installée dans l’arrondissement Saint-Laurent, l’entreprise, pionnière de l’agriculture hydroponique construite sur les toits de bâtiments industriels, vise à doubler sa production de fruits et de légumes ». 
 
A ce stade il y a lieu de distinguer la culture de plantes comme comestibles, de végétaux horticoles, voire d’animaux, en milieu rural de celle des villes. Cette dernière se pratique sur des surfaces cultivées beaucoup plus petites, et sur ses modes de cultures : Espaces verts urbains, terrasses, caves, serres et ses modes de cultures : sol naturel, bacs avec terreau enrichi ou encore « hydroponie », un système innovant, dans lequel la terre est remplacée par un liquide nutritif permettant de nourrir directement les racines. C'est la technique employée par La Ferme Lufa. 
 
Mais il y a lieu de relativiser. Si à Montréal les fermes commerciales prennent de l’ampleur, elles couvrent moins de 5 hectares, alors que les potagers sociaux couvrent déjà plus de 120 hectares. Moins de surface, mais une production plus importante et plus rapide, compte tenu des technologies employées. 
 
« Cette filière encore naissante a besoin de soutien »

 « Qu’elle soit sociale ou commerciale, l’agriculture urbaine est utilisée comme un outil pour répondre à de nombreux enjeux sociaux et environnementaux urbains du 21e siècle, dont l’insécurité alimentaire, la réappropriation de l’espace urbain par les citoyens, le verdissement, la santé mentale, l’autonomisation, la réinsertion économique... », ajoutent les experts de The Conversation. « Elle est aussi perçue comme un vecteur potentiel de résilience urbaine individuelle et collective dans le cas de crise économique, environnementale ou encore lors de l’augmentation des prix des aliments frais, comme on l’observe actuellement dans de très nombreux pays, dont le Canada ». 
 
Reste que si le Canada était tout récemment un pays pionner en la matière, il a désormais des concurrents. Des projets de fermes urbaines innovantes se développent aux États-Unis et en Europe. Des projets d’envergure particulièrement dans la recherche et développement (R&D) et le développement de nouvelles technologies, de modules de production ou de nouvelles filières comme celle des insectes comestibles.
 
Cette nouvelle agriculture qui doit répondre aux besoins croissant en nombre d’habitants, le souhait de manger des produits sains et dont on connait la provenance et le mode de culture, induit une structuration de la filière. « Cette filière encore naissante a besoin de soutien tant au niveau des modèles économiques, des besoins en service-conseil adapté et d’une meilleure adéquation entre les programmes et soutien gouvernementaux et leur activité », relève le CRETEAU (Carrefour de recherche, d’expertise et de transfert en agriculture urbaine) un organisme qui souhaite développer une agriculture urbaine commerciale pérenne, respectueuse de l’environnement et arrimée aux besoins de la société québécoise. 
 
Le SIVAL (Salon des productions végétales) qui se déroule actuellement à Angers (France), aborde également le sujet au travers d’exposants mais aussi d’une table ronde intitulée : « L'agriculture urbaine : nouveaux métiers ? nouvelles compétences ?  », preuve s’il en est que l’idée fait également son chemin en France.  


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