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Logement en containers : mode ou vraie réponse à la crise du logement social.

22/12/2018

A Trélazé, ville de la métropole angevine, la municipalité vient de lancer un projet de construction de logements sociaux dans des containers. Une première en France par sa taille. Le principe de réutilisation de containers maritimes pour en faire des logements n’est pas nouvelle. En plus des maisons individuelles, des projets collectifs ont vu le jour depuis plus d’une décennie en Europe, et plus récemment au Havre et à Rennes.

Le concept de recyclage des containers qui traversent les mers pour en faire des logements n’est pas nouvelle. Ce principe innovant et bon marché est apparu aux Pays-Bas dans les années 2000. Ensuite le phénomène, qui s’inscrit dans une logique de réutilisation des matériaux et de transformation des ressources disponibles s’est répandu dans d’autres pays, notamment en Australie et en Allemagne. IL débarque timidement en France, où certains projets ont déjà vu le jour sous forme de maisons individuelles mais aussi de logements sociaux, le coût étant souvent plus faible que d’autres logements à surfaces équivalentes.
 
Le principe de réutiliser ces blocs métalliques en les empilant, après les avoir préparés intérieurement et ouverts les faces pour créer de grandes pièces, peut encore permettre quelques fantaisies architecturales. Mais est-ce vraiment une solution d’avenir et quelle est sa place dans l’environnement urbain de demain ?
 
Si le recyclage est un argument, c’est surtout le prix qui attire les maitres d’ouvrage et les particuliers auto-constructeurs, car sommes toutes la forme même du container laisse peu de place à l’imagination. L’intégration est donc difficile, d’autant plus que ces containers servaient à l’origine à transporter des marchandises. « Quand on manipule cet objet qu’est le conteneur, il faut faire très attention à sa symbolique. L’homme devient-il une marchandise ? Qu’est-ce que le conteneur a bien pu transporter ? Peut-être des migrants ? Je pense qu’il faut prendre du recul sur la signification de l’objet », prévient l’architecte et artiste Catherine Rannou dans une publication sur le sujet. 

« Lorsqu’il s’agit de populations qui sont moins fragiles et qui peuvent être moins perturbées par la symbolique, comme les auto-constructeurs dans le cadre de leur maison individuelle, c’est intéressant. Mais dans le cas de collectivités qui imposent cette solution à des habitants dans le besoin, cela pose beaucoup de questions, principalement éthiques », poursuit l’architecte. « Je pense que c’est une erreur de la part des collectivités quand elles recyclent les conteneurs, parce que les possibilités architecturales sont beaucoup trop limitées. En plus, le prix est bien trop élevé par rapport à ce que ça rapporte. J’ai l’impression que c’est seulement pour l’image : c’est sympa, c’est joli, mais ça s’arrête là ».
 
« Notre solution est deux à trois fois plus rapide que les méthodes traditionnelles »

Pour les urbanistes et les architectes, le container après avoir été le support de la standardisation du transport maritime et de la mondialisation des échanges, est devenu la solution d’hébergement à la mode, qui trouve sa place le plus souvent dans les ports. Il apparait comme une réponse à la crise du logement, autant que comme une promesse architecturale. C’est le cas au Havre avec la Résidence A Dock, une cité universitaire gérée par le CROUS, ouverte en 2010. C’est la première résidence étudiante française réalisée à partir de container et visiblement ça plait aux étudiants. « J’ai habité ici pendant ma première année de licence. Un an d’Erasmus plus tard, je suis de retour car j’aime vraiment le cadre qu’offre cette résidence », déclare une étudiante au journal Ouest France. Chaque appartement, dont certains avec vue sur le port, est loué pour 372 euros par mois, soit 24 euros de moins que le loyer moyen havrais pour l’année scolaire 2018-2019 selon les chiffres l’Unef (Union nationale des étudiants de France).
 
En 2015, La Chapelle-Thouarault, près de Rennes, a accueilli le projet de construction de 11 maisons et d’un collectif de 12 logements, du T2 au T4. Ce projet innovant a été réalisé grâce à une association entre le promoteur immobilier  Groupe Lamotte, le bailleur social rennais Neota et l’architecte Clément Gillet. Ce dernier a même industrialisé le principe de construction à base de containers sous le label « B3 Ecodesign  ». C’est d’ailleurs cette entreprise qui va réaliser les 36 logements sociaux dans l’éco-quartier de la Quantinière à Trélazé, avec le bailleur social Maine-et-Loire Habitat. L'ensemble constitué de deux bâtiments, sera un assemblage de 104 containers sur cinq niveaux. « Une première en France par la taille et la hauteur » selon Clément Gillet de Be Ecodesign. 
 
« Notre solution est deux à trois fois plus rapide que les méthodes traditionnelles » se félicitait déjà Clément Gillet dans le Moniteur. Selon ce dernier ce système constructif qui ne nécessite pas de terrassements lourds et qui permet d’obtenir des performances thermiques supérieures aux normes THPE, permettrait d’atteindre « des coûts de construction de 20 à 30% moins chers ». 
 
Si cette solution ne révolutionne pas l’habitat, elle permet de répondre à la demande de certaines villes, tant en termes de rapidité de construction que de coût. Cette démarche qui consiste à renouveler des matériaux voués à la destruction peut s’inscrire dans une réflexion plus profonde qui consiste à trouver un juste équilibre entre éthique et économie. Et pour une collectivité, ce peut-être un message fort. 
 


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