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Transport et mobilité : le MaaS est-il un mythe ou une réalité ?

22/10/2020 Julie DI GIOVANNI

Le MaaS est un concept en vogue depuis quelques années dans le monde du transport et de la mobilité. De nombreuses entreprises ont l’ambition de proposer des solutions de MaaS, où en sont-elles ? Font-elles du MaaS dans sa définition la plus stricte ou simplement de la multimodalité ? Tour d’horizon des solutions actuelles.

Pour commencer, il convient de rappeler la définition du MaaS. Le MaaS pour « Mobility as a Service » est l’agrégation de données de mobilité que ce soit des éléments digitaux comme des applications ou plateformes ou des éléments physiques comme des voitures, scooters ou stationnement. Une plateforme MaaS propose diverses fonctionnalités : un utilisateur peut ainsi s’informer, planifier un itinéraire, payer, réserver ou même gérer un abonnement. Mais attention, le MaaS n’est pas synonyme de multimodalité qui se caractérise par l’utilisation de plusieurs modes de transport. Il ne correspond pas non plus à l’intermodalité qui se définit par l’utilisation, au cours d’un même déplacement, de plusieurs modes de transport.
 
En France, de nombreuses applications proposent aujourd’hui des services de multimodalité et d’intermodalité, mais répondent-elles réellement à la définition du MaaS ?

Zoom sur quelques acteurs principaux pour mieux comprendre
L’application RATP, propose de nombreux services : intégration de partenaires, recherche d’itinéraire intermodale, disponibilité des équipements en temps réel, pass Navigo sur smartphone, etc. Certains aspects du MaaS, comme l’intégration de plusieurs partenaires, sont présents mais l’application ne se positionne pas en tant qu’application MaaS. Le paiement généralisé ou la réservation ne sont pas disponibles directement depuis l’application.
 
Citymapper, comme la RATP, propose les services de partenaires, comme Cityscoot, Heetch ou Vélib. Citymapper se différencie de ses concurrents par le nombre de résultats d’itinéraires proposés, le nombre de services de mobilités disponibles et sa capacité à se mettre à jour rapidement pour s’adapter à l’actualité, comme dernièrement l’évitement des stations bondées. C’est dans sa version anglaise que Citymapper se rapproche le plus du MaaS avec la mise à disposition depuis 2019 du Citymapper Pass à Londres. Les utilisateurs peuvent utiliser un unique pass et payer ou réserver l’ensemble des services de mobilité de la capitale britannique. Le Citymapper Pass fonctionne avec un abonnement, sans engagement pour l’utilisateur.
 
La SNCF, second acteur majeur du réseau urbain parisien propose également son application. La différence majeure avec les autres transporteurs est une recherche d’itinéraire multimodale au niveau national. Il est donc possible de réaliser un itinéraire Paris-Lyon avec une feuille de route qui propose des segments en métro parisien, un TGV et des métros lyonnais. Il n’est cependant pas possible d’avoir sur un itinéraire national ou régional du rabattement VTC ou vélo contrairement à l’application RATP qui le propose pour l’Île-de-France. Très récemment, la SNCF a eu le privilège d’intégrer les VTC Uber. Il est donc possible d’avoir une proposition d’itinéraire en VTC, mais surtout de réserver une voiture directement depuis l’application SNCF et sans passer par l’application Uber. C’est une grande première pour un opérateur de transport. En effet, jusqu’à présent la firme américaine n’avait pas ouvert ses services de réservation.

Un cas intéressant : l’ntégration des VTC Uber dans l’application SNCF
Du côté d’Île-de-France Mobilités, autorité organisatrice des transports en commun en Île-de-France, deux applications sont à disposition : Via Navigo et Via Navigo Lab qui proposent quasiment les mêmes services sous une ergonomie différente. On y retrouve les mêmes services que dans les autres applications, mais avec moins de partenaires et de propositions d’itinéraires, notamment multimodaux. Via Navigo Lab permet à IDFM de proposer ses nouveautés dans l’application et de les faire tester par les utilisateurs.
 
Les acteurs du transport, que ce soient des transporteurs ou des plateformes dédiées aux services de mobilités, tendent vers des solutions MaaS mais ne répondent pas encore à la définition stricte de ce concept.
 

Pourquoi un tel engouement pour le MaaS ?
À l’ère de l’ubérisation et de la digitalisation de tous les secteurs, le transport n’est pas en reste. Faciliter le quotidien des usagers est un enjeu fort. Comment une simple application peut être aussi impactante ? Prenons l’exemple de touristes arrivant dans une mégalopole qu’ils ne connaissent pas. Pouvoir utiliser la même application que celle utilisée habituellement est rassurant, tout comme ne pas avoir à gérer l’achat de titre de transport qui peut être compliqué et varier en fonction de zones géographiques ou d’options particulières. Aller de la planification d’un itinéraire au paiement sur une même plateforme fournit aux clients une expérience complète.
 
De nombreux projets sont en cours de réalisation pour proposer des solutions de mobility as a service, ce sont soit des transformations d’applications existantes, des nouvelles applications ou des plateformes dédiées. Faire du MaaS est aujourd’hui un enjeu pour l’ensemble des acteurs et être intégré dans une solution de ce type est primordial. En effet, les nouvelles mobilités sont très en vogue et tout le monde s’y met, à l’instar de Seat qui a présenté mi-juin MÓ, sa nouvelle gamme de scooters et trottinettes électriques. Les constructeurs automobiles veulent diversifier leurs offres et veulent réaffirmer leur position dans le monde de la mobilité, aujourd’hui dominé par des acteurs comme Lime, Dott ou Cityscoot. S’intégrer dans l’écosystème des mobilités passe par une présence sur des plateformes MaaS ou a minima des plateformes multimodales.

Autre cas particulier : les scooters et trottinettes Seat
Même les acteurs qui ne sont pas du monde de la mobilité veulent faire du MaaS, à l’xemple de Sony qui développe le MaaS sur une blockchain. L’utilisation de la technologie de blockchain permettra de conserver un historique anonyme des trajets des voyageurs. La
blockchain facilite également l’échange d’un grand nombre de données, provenant de sources différentes.
 
Une question se pose néanmoins, allons-nous vers une multiplication des plateformes et applications de MaaS ou plutôt vers une rationalisation des services ? Il est possible d’imaginer une plateforme unique proposant un back-office unifié avec les mêmes itinéraires proposés, les mêmes partenaires et les mêmes services de paiement ou de réservation mis à disposition de chaque acteur désirant développer une application de mobilité. Les acteurs et marques se différencieraient grâce à une UX et UI propre.
 
Au vu des éléments actuels, nous pouvons penser que le « big bang MaaS » n’aura pas lieu mais que nous assisterons plutôt à une amélioration progressive des solutions de mobilités. Les applications actuellement sur le marché continueront à se diversifier et intégrer des partenaires. Elles tendront donc vers le MaaS, mais sera-t-il un jour atteint au sens strict du terme ? » La question est donc bien posée selon Julie DI GIOVANNI, Consultante mc2i


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