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Trottinettes électriques en libre-service, toute une histoire !

10/07/2019

Nouvel engin de mobilité douce en zone urbaine, très apprécié des étudiants et des jeunes cadres, la trottinette électrique en mode " free floating " (libre service) défraie la chronique, notamment à Paris, où nous avons mené l'enquête. Vue en bien, ou en mal, nous vous résumons toutes les choses à savoir sur la trottinette électrique !

Depuis la mort d'un usager, on n'entend parler que d'elles : les trottinettes électriques, presque envahissantes, sont devenu un vrai fléau pour les autres occupants de la route et pour la mairie de Paris. Impossible de faire un pas dans la capitale et les grandes métropoles sans en croiser. Un vrai phénomène ... Mais les lois qui encadrent son utilisation ne sont pas très précises, les utilisateurs en profitent en grillant les feux rouges, les priorités… Le code de la route n'est absolument pas appliqué. Ils se mettent en danger et mettent aussi en danger les automobilistes, les piétons, les cyclistes... Des comportements qui ont fait réagir Anne Hidalgo, la Maire de Paris, laquelle a décidé de prendre des mesures radicales.  D'autant que dans le projet de loi d'orientation des mobilités (*), en discussion depuis le 18 juin dernier, les règles concernant les trottinettes restent un peu floues.  Il est donc important de légiférer car si ce nouveau type de transport doux, ou presque, facilement accessible est utilisé par tout type de public, et notamment les étudiants, les actifs, les cadres…  Il ne laisse pas indifférent les gestionnaires des villes qui y voient un moyen de réduire la pollution de l'air dans les villes.
 

Des mesures mises en place dès le mois de juillet
Les trottinettes roulent beaucoup trop vite. Les utilisateurs, eux-mêmes, le disent ! Alors aux grand maux les grands remèdes. A Paris il a été décidé, dès ce mois de juillet, de réduire la vitesse de ces nouveaux deux roues à 20km/h sur route ouverte et 8km/h dans les zones mixtes notamment celles ouvertes aux piétons.  Grâce à un système de bridage, elles pourraient d'ailleurs ralentir automatiquement. 

La vitesse est une chose, le stationnement, anarchique le plus souvent, en est une autre. Dorénavant, les abandons (sauvages) sur trottoirs, principe même du " free floating" seront interdits, les opérateurs devront créer des zones spéciales pour déposer les trottinettes. La société suédoise VOI, l'un des 12 opérateurs parisiens,  souhaite d'ailleurs aller plus loin en engageant des patrouilleurs pour vérifier que les trottinettes sont bien garées au bon endroit et offrir une réduction de 20 centimes à ceux qui les placeront sur les zones de stationnement de la marque. 4.000 zones référencées sont déjà en place !

Selon des chiffres approximatifs, il y aurait environ 20.000 trottinettes disponibles free-floating dans la capitale. Un chiffre énorme qui ne demande qu'à augmenter, tellement la demande est forte  ! La mairie de Paris cherche donc à faire diminuer ce nombre pour ne pas avoir à faire face à une surpopulation et les dangers qui vont avec. D'autant que si ces engins s'affichent plus verts que les autos, ils polluent l'espace public et pas  seulement les trottoirs : bon nombre de trottinettes finissent dans le Canal St Martin mais également dans la Seine.
 

Pourquoi un tel engouement pour la trottinette ?
Effet de mode ou réel besoin ? Quelques micro-trottoirs permettent de mieux comprendre l'engouement des parisiens pour les trottinettes. Toutes les personnes interrogées, affirment que cet outil de transport " est un vrai gain de temps, peu couteux, qui demande peu d'efforts physiques ", juste un peu d'équilibre pour rouler sur les pavés et se faufiler entre le voitures. Son principal avantage c'est qu'il ne nécessite pas de permis, contrairement au scooter également très prisé. Il n'y a bien que les personnes âgées pour ne pas être tentées par ce phénomène. Quoique... " Si je n'avais pas de problème d'arthrose je testerais volontiers une trottinette", nous confiait une septuagénaire. La plupart des utilisateurs interrogés sont d'accord pour dire que " le stationnement peut être gênant et même dangereux pour les autres usagers ". Certains sont mêmes d'accord sur la mise en application des nouvelles mesures concernant la vitesse.  

A l'opposé certains dénoncent cette limitation de vitesse et envisagent de se tourner vers les vélos"  Jump ", de 10 km/h plus rapides. De même pour l'idée de zones de stationnement qui va à l'encontre du concept même du "free floating" ( je dépose et j'emprunte ou je veux....) " Une mesure qui va donc faire perdre du temps ", selon certains utilisateurs. Tous avouent ne pas respecter la signalisation, les feux tricolores, les stops, les priorités… " pour ne pas perdre de temps car à Paris on n'a jamais le temps ! " Un principe de circulation débridé largement mis en avant par l'opérateur Lime, leader dans la capitale. C'est d'ailleurs pour cela qu'ils sont de plus en plus nombreux à utiliser cet engin. 
 

Et les accidents, sommes nous couverts ?
Prendre une assurance couvrant les dommages causés aux tiers, obligatoire pour tous les utilisateurs d'engins motorisés, et c'est le cas pour les trottinettes électriques, c'est ce que conseillent les assureurs. D'autant que l'assurance responsabilité civile que chacun souscrit avec son logement, ne couvre pas les engins dépassant les 6 km/h. Certains assureurs conseillent même une assurance pour cyclomoteur. Une amende de circulation est même prévue en cas de défaut d'assurance. Il en couterait 500 € a celui qui n'aurait pas d'assurance, voire 7500 € en cas de refus d'obtempérer. Mais est-ce que la police, très occupée par ailleurs verbalise vraiment. Quant aux trottinettes en libre-service, qu'en est-il ?

A Paris sur 12 opérateurs de trottinettes seulement 4 ont une assurance incluse, ce qui semble étonnant compte tenu de la législation en vigueur en matière d'assurance.  B Mobility, VOI, Jump  (Uber) et Dott qui ne sont pas les plus utilisées, sont les seules enseignes à assurer complètement les utilisateurs, C'est même devenu, pour ces opérateurs un argument commercial. Les autres n'informent pas les usagers sur le sujet dans leurs conditions générales et leur font donc courir un risque pour eux, mais aussi pour ceux qu'ils croisent, notamment les piétons.
 

La communication, une guerre entre les opérateurs
Deux ambassadeurs de l'opérateurs Lime attendant un éventuel client (Photo à l'Ouest Images)
Deux ambassadeurs de l'opérateurs Lime attendant un éventuel client (Photo à l'Ouest Images)
Si 12 sociétés se partagent actuellement le marché parisien de la trottinette électrique, la maire de Paris souhaite réduire ce nombre à 2 ou 3. Lime, VOI, Dott, Bird sont les principales trottinettes utilisées mais ce ne seront pas forcément celles retenues par la Ville de Paris, puisque le choix sera organisé dans le cadre d'un marché public dont les contours restent à définir. Certaines entreprises tels que : Google ou encore Uber (Jump) s'y mettent aussi. L'athlète Usain Bolt est même l'ambassadeur d'une entreprise de trottinettes électriques (Bolt Mobility) ! Les marques cherchent donc, par tous les moyens,  à être les heureuses élues de la mairie de Paris.

De son côté, Lime, l'opérateur le plus présent sur la capitale, dont les ambassadeurs portent un casque et un gilet rétro-réflechissant,  a lancée "l'Académie Lime", pour démontrer, au travers d'une campagne intitulée " Trottinons responsable", que l'entreprise incite à un meilleur comportement. Sans pour autant régler le problème du stationnement et de l'assurance. 
 

Mais qu'est ce qui attire les opérateurs ?
La densité de la ville de Paris, la guerre engagée par la municipalité contre la voiture, et la forte demande pour un moyen de transport rapide, peu encombrant et peu couteux, ouvrent une large porte aux opérateurs de trottinettes.

"Tous souhaitent, au risque de saturer l’espace public, poursuivre leur expansion pour faire partie des quelques opérateurs qui rafleront la mise lorsque les autres auront décidé d’arrêter les frais ou pour être les plus crédibles, grâce à leur part de marché, dans le cadre du futur appel d’offres annoncé par la maire,"  selon Les Echos. Sur les 12 opérateurs, la moitié aurait annoncé leur retrait de l'espace parisien. Outre leur fait que la mairie souhaite réduire le nombre, les marques qui souhaitent se retirer le font surtout par rapport aux dégâts constatés, aux coûts de maintenance et aux vols, de plus en plus nombreux. Et selon certaines, le parc serait beaucoup plus important que le taux réel d'utilisation, ce qui rend l'opération peu rentable, notamment pour les plus petits. 
 

Où peut-on trouver des trottinettes en libre-service en France ?
Aujourd'hui, en France, la plupart des villes d'importance ont vu débarquer les trottinettes en free-floating. Mais toutes n'ont pas accepté l'installation d'opérateurs, au vu des difficultés que connaissent les plus grandes métropoles telles que Paris, Bordeaux et Lyon. Des villes comme Montpellier, Nantes et Rennes ont refusé le principe des trottinettes en free-floating, la législation concernant ces engins restant  encore trop flous pour les élus locaux. .

Quant aux tarifs, ils sont différents d'une ville à l'autre.  1€ l'usage de la trottinette et 15 centimes la minute, est le tarif pratiqué à Paris, Marseille, Bordeaux ou encore Angers. Lyon est passé à 22 centimes la minute. C'est à Strasbourg que l'on trouve les trottinettes les moins chères, avec un tarif tout compris de 1 € les 30 minutes.  
 

Chargeur de trottinettes : un nouveau métier est né
Avec les trottinettes électrique, un " nouveau métier" a vu le jour, celui des chargeurs. Les trottinettes ont une autonomie limitée et il faut bien les récupérer pour les charger. Appelés "hunters" ou encore " juicers ", ces sous-traitants des opérateurs récupèrent les engins dans des camionnettes pour les charger pendant la nuit. Ils peuvent gagner entre 50 et 100 € par nuit, voire plus. Ils se livrent donc une guerre effrénée dans Paris pour récupérer, à partir de 17h, le plus grand nombre d'engins qu'ils chargeront, pour certains dans des garages qu'ils ont préalablement équipé pour réussir à charger le plus grand nombre d'engin. 

L'appât du gain conduit certains, peu scrupuleux, et sans déclaration d'activité préalable, à " squatter " les parkings souterrains des immeubles d'habitation, des lieux dans lesquels ils n'ont pas à payer l'énergie, puisqu'elle est prise en charge par les résidents. Un moyen de faire plus facilement de plus gros bénéfices.  
 

Enfin, pas si verte la trottinette électrique ...
Non, la trottinette électrique n'est pas la solution miracle pour lutter contre le réchauffement climatique. Cela vaut aussi pour les vélos électriques, les voitures électriques, les scooters électriques…

La fabrication de la batterie pour les véhicules électrique est déjà polluante. Les matériaux tels que le lithium ou le cobalt qui entrent dans la fabrication des batteries sont extrait de mines spécialisées, notamment au Congo, au Chili, en Argentine, pays qui se soucient peu de l'environnement. Si la mobilité électrique semble être la panacée, bien peu pense au recyclage des batteries, lesquelles ne vont pas tarder à constituer un déchet supplémentaire qu'il va bien falloir pendre en compte.

Enfin, notamment en France, l'électricité est nucléaire, une énergie fossile qui s'épuise et dont il faut également gérer les déchets, hautement dangereux pour l'environnement. La solution passe peut-être par la pile à hydrogène, à condition que la production de ce gaz hautement combustible passe par un système de production dont l'empreinte carbone est nulle voire quasi nulle. Même si la trottinette est intéressante, ce n'est donc pas encore aujourd'hui que nous nous déplacerons à bord d'un engin de transport " zéro-émissions "...
 

(*) Loi d'orientation des mobilités 

C'est un projet de loi ayant pour but de faciliter le déplacement de chaque personne, même dans les zones rurales. Créer des moyens de transports moins coûteux, plus faciles d'utilisation et plus propres, c'est l'enjeu de cette loi. Pleins de réformes utiles vont être mises en œuvre pour inciter les gens à acheter plus propre, les entreprises à investir dans des moyens de transports plus écologiques. Les personnes qui utiliseront le covoiturage ou le vélo pour aller au travail pourront recevoir une prime allant jusqu'à 400€ de la part de leur employeur, multiplier le nombre de voiture électrique et ne plus avoir de voiture à essence d'ici 2040... Toutes ces mesures seront peut-être mises en place dans les années à venir, en espérant que l'Etat réussisse à les appliquer. 
 
Plus d'informations sur : https://www.vie-publique.fr/actualite/panorama/texte-discussion/projet-loi-orientation-mobilites.html


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